CASSE-MURAILLE #22 – SEPTEMBRE 2017

Émission du 25 septembre 2017

« En France on n’assassine pas, on bavure. »

(Hafed Benotman)

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Au sommaire :

  • On reçoit Samir, grand frère de Morad, mort à 16 ans des suites d’une chute provoquée par la police dans la cité de Fontvert (14e) le 1er avril 2014. Avec lui nous revenons sur l’histoire de la mort de Morad, le comportement des policiers et l’impunité, ou plutôt la récompense, dont ils ont bénéficié alors que la procédure est encore enclenchée. On évoque le traitement médiatique de l’affaire qui une fois de plus cherche à incriminer la personne tuée pour mieux taire les agissements des policiers. On parle de la douleur de ses proches et notamment de leur frère, en prison au moment des faits. Enfin, on parle de la solidarité qui s’est exprimée et doit continuer.
    Lire le texte du collectif Angles Morts « Le bâtiment de la mort ».

 

  • Des nouvelles de Samy et Abdelhalim qui, après leur grève de la faim, subissent toujours des réprimandes de la pénitentiaire. Annonce de la conférence de presse du 27 septembre sur leur situation et sur la mort de Bilal. On évoque aussi l’inondation dans le nouveau bâtiment des parloirs des Baumettes le 11 septembre dernier.
  • Appel à opinions sur le blocage de promenade et l’intervention des ERIS au CD de Salon.
  • Retour sur les évènements du début de l’été au Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes avec lecture de la circulaire de la pénitentiaire sur les tenues vestimentaires, d’une lettre collective des prisonnières et d’une lettre de Samia à l’Envolée qui évoque plus spécifiquement les difficultés auxquelles sont confrontées les prisonnières de confession musulmane.
  • Toulouse : Rédouane Ikil, innocenté, est licencié de la Poste et appelle à la solidarité.
  • Paroles sur la violence entre matons et prisonniers, illustrées avec des considérations sur un tract de FO pénitentiaire de la MA d’Amiens, un autre à propos d’une occupante du mitard de Fleury et avec la condamnation d’un prisonnier de la MA de Valenciennes à 4 mois supplémentaires pour de petites insultes…
  • Brèves de destructions en solidarité avec les inculpés du procès de l’incendie de la voiture de police quai de Valmy à Paris en mai 2016.
  • Un an ferme pour vol de 30€ à Avignon…

 

« LES LAMES DE RASOIR, ÇA SE DIGERE BIEN »

Conférence de presse le 27 septembre devant les Baumettes à 11h

 

 

 

Le 10 août 2017, lendemain de son arrivée aux Baumettes, Bilal Elabdani est retrouvé mort dans sa cellule. La veille, lors de la comparution immédiate, les magistrats avaient décidé de ce placement en détention provisoire alors qu’ils demandaient en même temps une expertise psychiatrique. La famille avait alerté du danger que représentait cette mise en détention, avec dossier médical à l’appui. L’administration pénitentiaire se disculpe en prétendant n’être au courant de rien, ce qui est évidemment invraisemblable.

D’autres décès ont eu lieu ces derniers mois aux Baumettes. Ces actes désespérés résonnent dans les motivations de détenus qui s’opposent à l’administration pénitentiaire. C’est le cas d’Abdelhalim qui a débuté une grève de la faim et de la soif le 22 août, rejoint en solidarité par Samy, son cocellulaire, le 26 août. Vu son état de santé trop critique, Samy y met fin le soir du 31 août pour continuer la lutte autrement, avec des soutiens extérieurs. Ils dénoncent une prison insalubre et délabrée (escaliers et plafonds qui s’écroulent, y compris dans les cellules), la non-conformité aux normes européennes, des maladies (gale, staphylocoques), des cafards, des rats, des champignons, et bien sûr… des matons violents et leurs abus de pouvoir. Lorsqu’ils ont commencé leur grève, l’administration pénitentiaire leur a délibérément coupé l’eau et a retiré le frigo de leur cellule, en pleine canicule.

 


« Ils m’intimident et je ne peux même plus aller à l’infirmerie par crainte de représailles de ces mêmes surveillants. »

Samy


 

Samy Miout est originaire de Nantes. Alors qu’il est incarcéré, l’hôpital l’informe du prochain décès de sa mère. Il fait envoyer à l’administration pénitentiaire un certificat de fin de vie en date du 15 avril 2017 pour retourner la voir dans sa ville d’origine… Sa demande n’a pas été prise en compte. Elle décède le 6 mai, et il n’a pas pu assister aux obsèques. Samy demande un transfert pour rapprochement familial dans la région nantaise.

Le 1er août, il est agressé par des matons lors de son retour de l’ucsa (unité de consultations et de soins ambulatoires). Il demande un rendez-vous à l’infirmerie pour faire constater ses lésions et obtenir un certificat médical. Ce rendez-vous est accordé pour le 3 août mais, à l’heure dite, les matons refusent de l’extraire de sa cellule et de l’accompagner à l’infirmerie. En réaction, il bloque sa cellule et détruit le lavabo. Il restera toute la nuit dans la cellule inondée et ses appels à l’aide ne recevront aucune réponse. Le 8 août, il porte plainte et demande une protection judiciaire mais, en l’absence de certificat médical, cette plainte reste à ce jour sans suite. Le 28 août, alors qu’il est en grève de la faim et de la soif depuis 2 jours, il n’avait toujours pas vu de personnel médical malgré son état de santé qui se dégradait, et n’avait pas reçu de formulaire de grève. Il subit de plus l’ironie des matons. Pour ne citer qu’un exemple, suite à une tentative de suicide, on lui dira : « Les lames de rasoir, ça se digère bien. »

 

Abdelhalim Trazie-Bi, quant à lui, est actuellement au seuil de la mort du fait de la déshydratation. Placé en réanimation le 25 août, il sera ramené peu après en prison. Il arrache alors ses perfusions et recommence sa grève de la faim et de la soif. Abdelhalim devait être libéré en juin dernier, mais le juge d’application des peines procède à une révocation de trente mois de sursis cumulés. Abdelhalim n’a pas pu assurer sa défense puisque ni lui ni son avocat n’avaient été informés de l’audience. Ce dernier a aussitôt déposé une plainte contre x pour « faux et usage de faux », considérant, documents à l’appui, que la signature figurant au bas de la convocation n’est pas celle de son client. Puis, se rendant compte, début août, que le Parquet général n’a pas été saisi de sa plainte, pourtant enregistrée au greffe du tgi de Marseille le 12 juillet 2017, son avocat s’est adressé directement à plusieurs procureurs-adjoints. Abdelhalim a fait trois tentatives de suicide en l’espace d’un mois. À chaque fois il a été remis dans sa cellule alors qu’il pouvait à peine se tenir debout, et aucun soutien psychologique ne lui a été apporté.

 


Aux dernières nouvelles, Samy a été placé au quartier disciplinaire. Abdelhalim continu sa grève de la faim. Huit prisonniers se sont solidarisés, ils ont été mis à l’isolement…

Conférence de presse le 27 septembre devant les Baumettes à 11h !

 


Déroulement de la conférence :
-Communiqué de presse sur la situation de Samy Miout et Abdelhalim Trazie-bi par le Collectif Soutien aux Détenus en France harcèlement moral et physique avec Maître Tarrasconi (Baumettes historique)
-Communiqué de presse sur l’histoire de Bilal Elabdani par l’émission de radio Passe-Muraille, avec la famille de Bilal Elabdani et son avocat – Maître Pouillaude (Baumettes II)

 


Pour leur écrire :

CP des Baumettes historique, Samy Miout 184 030, Bâtiment A, 213 chemin de Morgiou, 13404 Marseille Cedex 20
CP des Baumettes historique, Abdelhalim Trazie-Bi 183 546, Bâtiment A, 213 chemin de Morgiou, 13404 Marseille Cedex 20

 

Organisé par le collectif Casse-muraille et le collectif soutien aux détenus de France ( harcèlement moral et physique)